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Nous vous proposons dans cette rubrique des nouvelles du web gai et lesbien, un « paysage » en perpétuelle mutation. Si vous avez des informations succeptibles de s'insérer dans ces pages ou si vous voulez nous faire partager vos réactions, n'hésitez à nous écrire à :
observatoire@netgai.com.

10/2005. Gayplanet rachète Fortan

Dans le cadre de sa nouvelle politique de croissance externe, la société GAYPLANET SA a racheté en date du 29 Août 2005 l’activité de vente par correspondance de la société FORTAN MEDIA.
Cette activité (www.boutikgay.com) spécialisée dans la vente par correspondance en programme d’affiliation, permet aux webmasters gay, d’installer sur leurs sites une boutique en ligne de produits adultes gay. Une commission, calculée sur leur vente, leur est alors versée chaque mois.
En 2004, cette activité a réalisé un chiffre d’affaires de 400.000 euros HT pour un résultat avant impôt de 60.000 euros. Le rachat de ce fond (marque, fichier, stock), s’accompagne de la reprise d’un collaborateur qui rejoint l’équipe de GAYPLANET SA.
Le montant de l’acquisition est de 100.000 euros.
Il faut noter que FORTAN MEDIA ne disposait pas de l’audience de GAYPLANET pour alimenter en clientèle son activité de vente par correspondance nous attendons donc une synergie forte.

Dans les mois qui suivent, notre société, consolidera et développera cette activité selon une stratégie dont les principaux axes sont :
- Développement du nombre d’affiliés;
- Augmentation des références entre autres celle des accessoires ;
- Optimisation de la politique des achats et des marges ;
- Développement d’une politique de vente plus agressive
- Développement de la vente directe grâce à nos propres sites et à nos fichiers email.

Des le mois de septembre, les premiers résultats figureront dans notre communiqué mensuel.

D’autres dossiers d’acquisition sont à l’étude et devraient peut être voir le jour avant la fin de l’année 2005.

Gayplanet SA est une société dédiée à la rencontre au sein de la communauté GAY. 1ère société gay cotée en bourse depuis août 2002, elle propose de nombreux produits d’édition, Internet, Audiotel et Minitel.

http://www.gayfrance.fr http://www.gayfrance.com http://www.gayplanet.com http://www.gay-sm.net http://www.rencontregay.org http://www.ttbm23cm.com http://www.jeunesmales.com

Cours de l’action : http://www.gayplanet.com/gayplanet/bourse/html/gayfrance.html
Code Sicovam : 18 554 Code ISIN : FR0004177731

Renseignements :
GAYPLANET SA : Christophe SORET
Tél : 33.(0).153362443 Mail : christophe@bdmultimedia.fr

 

10/2005. La politique gay débarque

par Marie-Hélène Bourcier

Les universitaires et certains militants associatifs français commencent à prendre au sérieux un courant réflexif qui se développe depuis une quinzaine d’années sur les campus américains et que les anglo-saxons appellent les "Queer Theories", les "queer studies". Quand donc sont apparues ces queer theories et de quoi s’agit-il ? La théorie queer est née d’une culture activiste et d’une phase féministe critique dont Gender Trouble est un témoin majeur. Elle est aussi indissociable du post-modernisme et de la place qu’il a dégagé pour l’affirmation sub-culturelle ou microculturelle et ce bien avant les années 90. La France a volontairement loupé le cultural turn dans son ensemble : études culturelles, études sur les médias, théorie post-coloniale pour ne pas parler du mouvement théorique féministe.

A qui la faute ? A la morphologie du savoir français et universitaire que caractérise son hiérarchisme et son encroûtement dans le canon classique de la haute culture. Au partage disciplinaire antique qui structure nos pensées et au cloisonnement des sphères : nos universités ne sont pas faites pour apprendre au gens à vivre et à se construire mais à rationaliser à défendre l’existence de savoirs dits objectifs et républicains. Problème : cela devient de plus en plus difficile de nier le caractère blanc, hétérocentré et donc politique des savoirs que l’on nous transmet. La France a résisté des quatre fers tout en produisant de sérieuses menaces théoriques susceptibles d’ébranler sa splendeur structuraliste et universaliste. Je pense notamment à Derrida dont le potentiel décontructiviste à pu se répandre ailleurs qu’en France. L’ironie jouissive, c’est que la théorie queer est aussi une relecture et une repolitisation inattendue et sans doute guère désirée par ceux-ci de penseurs français : Foucault, Deleuze et Wittig.

Les auteurs "queer", dans leur travail de déconstruction des normes se sont d’abord intéressés aux normes fondant nos identités sexuelles, puis à celles fondant nos identités de genre. Mais l’identité d’un individu ne se cantonne pas à ses pratiques sexuelles ou à son genre. Les queer theories mènent-elles aussi l’analyse sur d’autres constructions identitaires : l’ethnie, la classe... ? C’est vrai que le point de départ de la théorie queer est la remise en question couple normal/déviant et du binarisme de la différence sexuelle. Paniquant pour les uns, libérateur pour mal d’autres. Il est aussi vrai que l’un des grands chantiers de la théorie et des politiques queer, réalisé avec plus ou moins de bonheur, est d’essayer de prendre en compte les différents niveaux d’oppression sociale, économique et culturelle non de manière cumulative, mais de voir en quoi la construction ou la production des genres de la race, des corps normaux et des nations sont indissociables. Les politiques queer des différences s’ingénient à prendre en compte cet impératif d’« intersectionnalité » de manière à ne pas reproduire l’obnubilation excluante sur un seul facteur de domination : la classe pour le marxisme et les politiques dites de gauche, le genre pour le féminisme et les politiques anti-sexistes , la race pour la critical race theory et les politiques anti-racistes.

L’application des queer theories en politique s’est surtout faite dans le cadre de luttes micro-politiques, pour tel ou tel groupe minoritaire. Au niveau d’une lutte politique plus large, quel peut être l’apport des queer theories ? J’aimerais répondre de manière assez longue pour ne pas dire programmatique à cette question. Première précision : l’originalité des politiques queers a été justement de ne pas défendre telle ou telle minorité ou identité minoritaire séparément qu’il s’agisse de la femme, de la lesbienne, de l’homosexuel. Deuxième précision : on a beaucoup parlé de micropoliques pour qualifier les champs d’application des politiques queers, en résonnance avec la conception foucaldienne d’un pouvoir de moins en moins centralisé et juridique mais de plus en plus éclaté en une myriade de technologies de pouvoir, de pouvoirs-savoirs qui disciplinent bio-poliquement les corps et génèrent plus de normes qu’une Loi. Et on a eu raison. Cette stratégie marche. Des solutions inédites ont été trouvées pour assurer la survie et la célébration des corps queer en puisant dans les subcultures des minorités sexuelles et de genres (pédés, trans, travestis, intersexes, gouines, transgenres, drag king, « séropos » queercrip -handicapés queers-) des années 90 sachant que les pervers criblent l’espace urbain depuis le XIXème siècle. Théorie queer et mouvements queer se situent très exactement à la jonction entre l’analyse de la production du corps moderne et l’émergence revendiquée de corps post-modernes. On est dans de l’anatomie politique très concrète là et bien au delà de la question homosexuelle.

Maintenant, vu le degré de fossilisation des politiques gaies assimilationnistes officielles, les théories et les politiques queers sont nécessaires pour lutter contre la restriction et la segmentarisation de l’agenda politico-sexuel. On nous rebat les oreilles avec le mariage gay au point de faire oublier les politiques du mariage. Au point de coller à l’agenda anglo-saxon des droits et surtout de se laisser embarquer dans une linéarisation des enjeux au tracé pour le moins troublant : après le mariage viendra l’inévitable homoparentalité selon les disponibilités et l’étalement de la présence médiatique des intellectuels gays français pro-mariage qui ont tous en commun de ne pas vouloir se marier. Mariage, famille, nation, telle est la sainte trinité familialiste vers laquelle nous entraîne vers cette re-privatisation inédite de la sexualité qui commence avec la bague au doigt et non par un échange de cockrings sur la bite. Œdipe loves you ! C’est Deleuze et Guattari, Hocquenghem et Cressole qui seraient contents de voir les futurs parents gays s’employer à exhiber un « référent père » à côté des paillettes de l’insémination. Alors qu’il y une multitude de registres de la masculinité avérés dans les cultures queer et que c’est une occasion révée de se défaire d’une conception expressive du genre ou causale du sexe biologique !

Comment est on passé de la politique du triangle rose à celle de la triangulation familiale ? Au point de retomber dans le schéma qu’adore la psy championne hors catégories de la re-privatisation et qui consiste à rabattre la reproduction sociale et la construction de l’identité sur la reproduction familiale. Il faut supprimer cette référence évolutive et l’impératif structural oedipien surtout dans notre bonne vieillle France Lacanienne, véritable musée de la diffférence sexuelle ! L’Œdipe dont les critiques féministes et queers ont bien montré qu’il n’est en rien universel pas plus que la prétendue loi de l’inceste d’ailleurs (désolée pour Francoise Héritier) est un opérateur de ségrégation de même que le mariage gay ou autre est un opérateur de discrimination contrairement à ce que nous disent ceux qui nous le représentent comme la panacée de l’égalité ou le triomphe de l’Amour ! Warner, Nadeau, Duggan ont raison d’insister sur le fait que le débat sur le mariage, outre qu’il obnubile l’espace public et masque la diversité des pratiques et des styles de vie gais, lesbiens et trans, est mal posé.

D’où vient que l’on demande tout à la loi (reconnaissance et droits sociaux) au lieu de travailler plus habilement les normes ? Quid de la distribution sélective des privilèges accordée par le mariage qui permettra de discipliner les exclus volontaires ou non du contrat marital : putes, divorcés, serial fuckers, célibataires ? Est-ce que l’on ne confond pas justice sociale et politique sexuelle ? Au lieu de considérer le mariage comme un aspirateur à droits sociaux en tandem (ce n’est pas beaucoup), ne doit-on pas plutôt réfléchir à découpler justement justice sociale et justice sexuelle ? Pourquoi se brider l’imagination et l’efficacité politique au point de vouloir à tout prix intégrer un contrat singulièrement peu souple dans ses clauses et ses variantes pour une époque libérale comme la nôtre ? Si l’on tient à un certain juridisme, ne faut-il pas plutôt demander à la loi de reconnaître d’autres formes de contrats pour reconnaître des formes d’intimité, d’alliance et non de filiation qui n’ont pas à payer le tribut de la différence sexuelle ? Quid des formes contractuelles et consensuelles, érotisées ou pas, nées des cultures SM, des formes de sexe en public comme y insiste à juste titre Warner ? Des réseaux de sociabilité nées de la lutte contre le sida ? Faut-il intégrer ou faire proliférer les contrats ?

C’est là que se situe le questionnement queer. Il faut procéder à un renversement copernicien et laisser tomber par la lorgnette de l’homosexualité et de l’homophobie même si ça donne bonne conscience à tout le monde. Il faut décompacter l’agenda et plutôt s’inspirer de celui de la plateforme des droits établi par le Collectif pour l’Egalité des Droits qui s’est monté en 2004 et qui a été éclipsé par le monomanique manifeste pro-mariage pour l’égalité sur les droits assez digne pour être publié par le journal Le Monde. Significativement, la plateforme riche et militante de ce Collectif évoque la réforme du code civil et ce, pas seulement pour les trans. C’est de là qu’il faut repartir, en amont en demandant une suppression du 1 et du 2 de la sécurité sociale pour tous et aborder la question des discriminations en termes de gender rights et non d’homophobie. Voilà qui concerne tout le monde transversalement.

Les queer theories entrent en contradiction immédiate avec le modèle classique de la création artistique, l’imitatio naturae, dans la mesure où elles déconstruisent toute idée de nature prédéterminée/déterminante de l’humain et considèrent qu’il n’y a pas de modèle originel à imiter. Dans le même temps beaucoup de performer se disent aujourd’hui héritiers des queer theories... Ce n’est pas étonnant que les performers d’aujourd’hui comme ceux et celles féministes des années 70 se réclament de la performance. On sait très bien que ce type de dispositif est majoritairement pratiqué par des artistes politiques et issus des minorités. Beaucoup de manifestations politiques minoritaires empruntent à la performance (les dies ins, les zaps, etc...) Il y en a même qui font remonter l’art de la performance politique aux suffragettes. C’est vrai qu’elles ont fait des actions dignes d’Act Up ou est-ce l’inverse ? Il y a beaucoup de raisons à cela : la performance permet de relire et de re-signifier « en live » face à différents publics un régime de représentation corporelle moderne qui a globalement pathologisé les femmes mais aussi les invertis, les adeptes du plaisir anal, les anormaux, les personnes de couleur. Au lieu d’affronter les disciplines de la représentation dans leur découpage classique (sculpture peinture qui ont pas mal donné dans l’imitatio évidemment mais aussi dans la narratio), les performers queers et là il n’est pas souhaitable de dissocier art, vie, corps et politique, artistes et militants, ne cessent d’exhiber le caractère construit et non original des genres, des corps, des races des zones érogènes, du partage entre l’abject et le normal (je pense à la gynécologie post-pornographique d’Annie Sprinkle, à l’anus solaire de Ron Athey, et aux irruptions anti-racistes d’Adrian Piper dans les rues et les salons). Ce faisant, ils ne rejoignent pas la culture du theatro mundi (rien de plus anti-théâtral finalement que la culture de la performance) et ils ne séparent pas sphère esthétique et sphère politique. La politique classique est une accumulation de performances catachrétiques et autoritaires pour ainsi dire qui masque sa généalogie, sa dérivabilité et le fait que la forme performative peut faire l’objet d’appropriations populaires. C’est ce à quoi on assiste depuis les années 70 aux Etats-Unis où les copies sans original font rire et pas seulement à Las Vegas. En France, ça commence mais avec beaucoup plus de sérieux et comme le montre assez le film Podium on voudrait nous faire croire que la performance est triste et qu’il faut lire tous les (grands) livres. Ce n’est pas vrai.

10/2005. Marc-Olivier Fogiel, un animateur-producteur tout terrain

Rentrée plutôt chargée pour l’homme « multi-casquettes » : outre ses activités d’animateur sur France 3 et RTL, Marc-Olivier Fogiel, le producteur, est sur tous les fronts : + Clair, On a échangé nos mamans, un projet sur les monuments historiques pour France 3, une émission de variétés pour France 2 et une nouvelle émission hebdomadaire sur Canal+, présentée par Daphné Roulier. Voilà donc une saison bien remplie pour Marc-O.

Ce sera toutefois sans compter sur son arrivée évoquée sur Pink TV, la chaîne gay friendly française. Raison invoquée par l’animateur-producteur : son contrat avec France 3 lui « interdit d’incarner l’image d’une autre chaîne ». Le 1 décembre, il partagera pourtant la vedette avec Claire Chazal au cours d’une grande soirée à l’occasion de la journée mondiale de la lutte contre le sida.

Boulimique de travail, Marc-Olivier Fogiel avoue tout de même qu’en dépit des propositions de collaborations extérieures sur des chaînes thématiques, entre une émission qui change jusqu’à la dernière minute et RTL tous les matins, il n’a pas eu le loisir d’accepter autre chose. En effet, il a déjà fort à faire avec On ne peut pas plaire à tout le monde, l’émission des dimanches de France 3. L’audience de ce magazine est on ne peut plus oscillante. Il n’est pas coutume de la voir dépasser la barre des 15% de part de marché, seuil à ne pas franchir s’il ne veut pas être victime de son siège éjectable. En prime time le dimanche soir, il se place dans un créneau difficile en compétition avec l’indétrônable séance cinéma de TF1 et les acolytes du Dr Carter (Urgences) qui réunissent environ 5,3 millions de téléspectateurs sur France 2. Dimanche dernier, On ne peut pas plaire à tout le monde a été suivi par près de 3.2 millions de téléspectateurs pour 15.6% de part d’audience. Le contrat a donc été rempli. Ce début de saison s’inscrit dans la continuité puisque le talk-show affiche des scores semblables à ceux établis l’an passé (moyenne de 14,8% de part de marché sur la saison 2004/2005).

Tant qu’il s’amuse, Marc-Olivier Fogiel se dit avide de rester aux commandes de son bébé, en compagnie du satirique Guy Carlier pourtant annoncé sur le départ l’an dernier. Il a craqué et rempile pour un an. On ne peut pas plaire à tout le monde demeure donc en place avec la même équipe.

Côté radio, après cinq ans passés sur France Inter, Marc-O a rejoint RTL depuis septembre où il présente tous les matins à 9 heures, On ne pouvait pas le rater. Le principe est simple : une interview de 12 minutes de l’homme ou de la femme dans l’actualité du jour, tous domaines confondus.

Le vent en poupe, Fogiel le producteur a tout de même dû passer un sale quart d’heure grâce à Marie Drucker, en partance pour la présentation du Soir 3 alors qu’elle devait combler le siège laissé vacant par Daphné Roulier à la présentation de + Clair. Il disait vouloir s’investir davantage dans ce magazine consacré aux médias aux côtés de la jolie brune mais s’est vu contraint d’appeler Florence Dauchez à la rescousse pour la remplacer au pied levé. Quant à On a échangé nos mamans, l’émission se poursuit pour une nouvelle saison sur M6. Mais en cette rentrée, le magazine est passé en dessous de la barre des 10%. Avec 2.4 millions de fidèles en moyenne pour les deux épisodes du 20 septembre, On a échangé nos mamans doit mieux faire pour convaincre.

Enfin, jamais rassasié, Marc-Olivier Fogiel se lance dans un projet audacieux sur le patrimoine, une sorte de « Téléthon » des monuments historiques. Principe : une série de prime qui permettra un appel aux dons et aux votes. Les gens choisissent un monument et le plus plébiscité sera restauré grâce à l’argent récolté. À suivre dans le courant de la saison.
Samantha Szwec

10/2005. Dossier LE MARAIS. Du gayland au showroom...

L’arrivée des gays a dopé un quartier en berne dans les années 1980. Aujourd’hui, l’offensive des griffes pourrait dissoudre les empreintes communautaires successives.
« Un quartier historique qui a accompagné l’évolution de la société, et une libération. » La Bastille ? la Concorde ? les Tuileries ? Pour les gays, c’est sans doute le Marais, note l’historien Laurent Villate. En tout cas, le business est très libéré : sur 550 établissements estampillés « gay », 120 se situent dans le 4 e arrondissement (sur un total de près de 2 000 commerces dans l’arrondissement). A commencer par le premier bar ouvert en 1978 rue du Plâtre : le Village. Concentration maximale autour de la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie après l’inauguration en 1981 du Central, le seul hôtel 100% gay de la capitale, avec un bar au rez-de-chaussée.
Son propriétaire, un Anglais arrivé en France en 1975, a rapidement flairé le potentiel de ce secteur situé au cœur de la capitale et à l’époque l’un des moins chers : « J’avais déjà senti que ce serait le point central du Marais », confie Maurice McGrath, architecte de formation. Il suffisait à ce spécialiste de l’immobilier d’observer que partout dans le monde les quartiers gay se forgent dans l’hypercentre des capitales, dès lors qu’il s’agit de coins délabrés pouvant être réhabilités. C’est le cas à Soho (Londres), à East Village (New York) ou encore à Base Water (Sydney). McGrath inaugure ensuite le Coffee Shop du Central, à un jet de pierre. Et en face, en 1984, la librairie Les Mots à la Bouche ouvre ses portes pour devenir l’une des adresses incontournables.


Ghettoïsation ? « Non, une logique classique de zone de chalandise ! », réplique Jean-François Chassagne, patron de bar et président du Syndicat national des Entreprises gay (Sneg). « Pendant les années 1980 est venu le tour des bars, puis des restaurants, observe Marianne Blidon, doctorante en géographie à l’université Paris-7. La décennie suivante sera celle de la diversification des établissements qui vont utiliser l’identité gay comme moteur commercial. »
Attention : tous les homos ne passent pas leur temps rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. La plupart n’y vivent d’ailleurs pas. Et beaucoup critiquent même sans ambages un décorum très cliché.Reste l’essentiel : « Il s’agit, selon Marianne Blidon, d’un espace de liberté. L’essentiel, c’est de savoir que ça existe. » Pour se promener en étant soi-même ou faire des rencontres « dans un quartier d’ouverture, de visibilité et pas du tout de repli, en interaction constante avec le reste de la ville, souligne encore Laurent Villate. Tout le contraire d’un “ghetto”, si l’on suit le processus historique ».
La vie gay avant le Marais ? « Même si les mutations des quartiers gay recèlent une part de mystère, les Tuileries ont d’abord joué un rôle central, avec la rue Sainte-Anne et ses cafés ouverts la nuit. La transition vers l’est date des années 1980, après l’inauguration de Beaubourg. Peu à peu, le déplacement vers les Halles s’accélère, avant d’atteindre le Marais : un quartier vivant, branché. Et surtout riche en locaux disponibles », résume Laurent Villate. Aux clubs fermés et clandestins accueillant la néo jet-set de l’époque succèdent des lieux ouverts à une clientèle de plus en plus mixte. « Plus personne n’arbore le drapeau arc-en-ciel, sauf le jour de la Gay Pride », remarque Jean-François Chassagne.
Les frictions avec les associations de riverains ? Elles se sont apaisées depuis quelques années, comme le confirme Dominique Bertinotti, maire du 4 e : « Certains n’avaient pas bien vécu la visibilité très affirmée des gays. Mais ce fut une tempête dans un verre d’eau. » Beaucoup de commerçants se félicitent plutôt de l’arrivée des établissements gay, « qui ont un peu “boosté” le quartier, valorisé les pas-de-porte et drainé du monde dans les rues », confie Manuel Munoz, président de l’Association des Commerçants Rambuteau-Marais-Beaubourg.
Bernard Bousset, fondateur du Sneg, le rappelle : en 1989, la moitié des commerces étaient fermés, l’autre moitié étant constituée d’établissements souvent vieillissants que leurs exploitants, proches de la retraite, ont revendu naturellement, sans se poser la question de savoir si le successeur était gay ou pas. Le bar Le Quetzal a pris la place d’un vieux restaurant arabe, le B4 d’une librairie religieuse, Agora Presse d’un grossiste en fournitures de bureau ou encore le Swing (devenu l’Amnesia Café en 1993).
En 1983, lors de la reprise d’un bar-tabac juif situé à l’angle de la rue Vieille-du-Temple et de la rue des Rosiers, ce fut un peu moins évident. Quelques jeunes juifs du quartier avaient protesté contre la disparition de leur lieu de rendez-vous. Un incident cependant sans lendemain sur les relations entre les deux communautés. L’extension de l’Amnesia Café sur la rue des Rosiers après le rachat à un artisan juif du local attenant n’a d’ailleurs pas soulevé de remous. Pourtant, on est là sur la frontière du quartier gay et du quartier juif. « Pas d’homophobie ni d’antisémitisme ici, assure Jean-François Chassagne. Nous nous rencontrons lors de réunions de commerçants du quartier, avec une vraie volonté de coopération. »
Le réel danger serait plutôt la perte de substance des mémoires du quartier devant l’assaut des grandes marques. Les Marais juif et homo sont-ils solubles dans des Champs-Elysées miniatures ?
Anne Delabre

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